Petits poèmes lipogrammatiques (3)*


a
ESPACE
Assez de dérapages
D’étrangetés amères
De traces espacées
D’amas percés de rêves
S’évader en secret
Des ténèbres affables
Des âmes en détresse
Et gavées de néant.
A
ATTENTE
Préférer rester zen
Fragmenter le réel
Traverser la démence
En cet espace zébré
Exagérer l’absence
Retarder l’échéance :
Attachement fatal.

a


SECRET
S’armer de véhémence
Recréer le passé
Avalanches et descentes
Enfermements rebelles
Déterrer sa légende
Altérer ses ratés
Retraverser l’enfance
Chercher les dérapages
Les lancer dans le vent
S’égarer dans le temps.
A

EMPRISE

Interpréter l’indécence des signes
Vibrer en pleine ivresse
Et zébrer le désir
Sceller l’imprévisible
Incriminer l’innéisme
Exprimer l’indicible


A
IRIS
Rites de printemps
Rires intersticiels
Des premiers iris
Entre les pierres
Frémir et vibrer
De désirs ignifiés
Incriminer l’ivresse
Des iris désirés
Vie de miel, mie de ciel.

QUÊTE
Masquer ses blessures
Les yeux en attente
À l’aube des tumultes
Sans céder à ses peurs
Refuser de se perdre
Détacher ses regards
Des pensées jugulées
Pacte secret et sacré.


a a
ADN

Chercher un peu de jeu
Dans l’espace bleuté
Prendre le temps d’être
D’être seulement deux
S’enrubanner de rêves
De jeunesse éternelle
Enserrer le futur béant
Se draper dans le temps.
a
a
AUDACE

Enfermée dans la transparence bleutée
Mer tumultueuse des rêves texturés
Créer des vagues à l’âme dans la turbulence
Enlacer des pensées délestées de l’enfance
Me balancer suspendue dans tes yeux
Cachée entre tes tentacules de feu
M’empêcher de te demander la lune
Perdue et éclatante entre les dunes
Appréhender les creux et jeux de l’heure bleue
M’élancer dans le malheur désagrégé
Aveuglée dans tes bras par un calme apparent
Fulgurance des excès de brève durée
Les êtres en détresse se perdent dans le temps.
a
a a
BRIÈVETÉ

Nuit rieuse et fleurie
D’étincelles de lumière
Pleines d’intensité
L’indicible est rempli
D’existences multiples
De sphères elliptiques
De bruissements stridents
D’incisives surprises
Vertigineuses requêtes
De ces fleurs mielleuses
Imprégnées des secrets
Du réel sublimé
L’univers incendié
N’est plus qu’énergétique.
a
INTENSITÉ

Dérive de l’ennui fissuré
Piles de livres négligés
En cette ère du numérique
Irrévérence et indifférence
L’écrit résiste et ressuscite
Futur immense en quête d’identité
Duel sublimé du lire et de l’écrire
Étreinte inespérée du dire intensifié
Rechercher des lecteurs inventifs
Quitter les clichés singuliers et pluriels
Rêver sur le fil ténu et perpétuel du sens
De redevenir de simples feuilles
Feuilles, fleurs et fruits.
a
a a
BULLES
Effluves en dérive
Brûlures liquides
Feintes cycliques
Perles de lumière
Éterniser le vide
Scruter le silence
Se libérer du vide
Intercepter le sublime.
a
LIBERTÉ

Esquiver les sursis
Et défier ses peurs
Tisser d’immenses fresques
Expirer vers les cimes
Refuser les prétextes
Électriser l’esprit
Un surplus de réel
Rend l’entreprise risible.
a
a a
CHUTE

Sur le seuil de l’écriture
Une liberté vite entrevue
Des lettres devenues des grilles
En cet univers de musique
Chercher des bribes d’inexistence
L’indifférence du silence
S’éclipser du réel enfreint.
a
FANTASME

Et si demain n’existait pas
Le présent deviendrait vertiges
Bizarreries, extravagances
L’esprit glissant dans les délires
Nimbant les désirs en cavale
Avant de partir sans prévenir
Nager dans le présent instable
Se mettre la tête dans le sable
Éviter les désenchantements
Rêver d’espaces interstellaires
S’immiscer dans l’illimité
Et s’ancrer dans l’éternité
Accessible dans l’instant magnifié.
a

a a
VERTICALITÉ

Dans l’espace clandestin
Imprimer sa présence
Égratigner l’inflexible
Arpenter l’indésirable
Anesthésier la perspective
Faire scintiller le silence
Et remixer sa vie.
a
PRÉSAGE
Éclats et effritements
Errances et pertes de sens
Délaisser le factice
Mimer des pas de danse
Y chercher ses racines
Sceller les interstices
Vivre l’indécidable
Syncrétisme des affinités.
a
a aa
ICARE

Fils aîné de Dédale, l’architecte exalté
Ayant imaginé le labyrinthe sacré
Icare le téméraire a été incendié
Par le bel astre de vie scintillant en silence
Après s’être avancé vraiment près de ses flammes
Traversant ses désirs, fracassant ses fantasmes
L’artiste devient Icare, il imprime sa présence
Il danse dans l’espace-temps, ses ailes s’entremêlent
Il éclipse le hasard sans retenir l’instant
Présage de l’avenir et des émergences verticales.
* Grand merci à Michel Millerioux pour ses images photographiques que j’apprécie vivement.
**Merci aussi à André Roux pour avoir aussi bien orchestré la mise en page des textes-images.

N.B. Ces poèmes relèvent  du  bivocalisme  en A-E et en E-I, du trivocalisme en A-E-U, en E-I-U et en A-E-I.  Je les ai  tout d’abord  publiés sur  mon mur Facebook   en m’inspirant de mes contributions oulipiennes dans les divers groupes d’écriture lipogrammatiques LipoyesLipkaoLipolysLipkae créés et animés par Strofka que je remercie  pour son mentorat déterminant. Pour en savoir plus long sur  ces groupes, lire Un bien étrange lipodrome.

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Petits poèmes lipogrammatiques (2)*

 

 

 

 

SPHÈRES
Renversements éphémères
Enfermements blessés
Gestes en décéléré
Empêchements réels
Références rebelles
Effervescences tempérées.
PROSOPOPÉE
Orfèvre des mots clos comme des secrets
Échos des ronronnements des corps
Chercher le réconfort encore et encore
Prélever les mots en trop, les mots ronds,
Les mots-bonbons, les mots osés, les mots colorés
Les mots crochetés, les mots volés, les mots dérobés
Les détrôner, les ordonner, les énoncer, les protéger,
Les dévorer, les enrober, les dorloter, les honorer.
ÉLAN
Prendre la clé des champs
Déclencher le hasard
Traverser la planète
Fêter les dérapages
Devancer le passé
Embraser la tendresse
Et en redemander
 

PASSAGES
Dégager les herbes ensablées par la mer
Entremêler les herbes et fragments égarés
Entrelacer les lettres égarées dans les textes
Amalgamer ces lettres en termes éclatés
Se perdre dans le dérapage des thèmes
Parsemer de larmes salées les  rhèmes détectés
Se cacher rarement dans  le passé des verbes
Chercher à émerger des phrases ensablées
Déterrer les secrets espacés de l’enfance en allée.

ENFANTEMENT
S’armer de persévérance végétale
Et s’absenter de ce réel désengagé
Avec l’étrangeté amère des êtres rebelles
S’enchanter des verbes en excès
Après tant d’années de présence
Marcher vers l’éternel été.



PRÉSENCE
Écheveler dans la danse
Des légendes extrêmes
Entremêlées de grands élans
En crevant l’écran amalgamé
Ancré dans le réel éclaté
Sans remplacer les gestes effacés.

 

 



FERVEUR
Ellipses singulières
Vertiges inexpliqués
Refus mystiques
Murmures décryptés
Signes qui s’immiscent
En rites indéfinis.

 

JEUX
Plénitude en excès
Qui remplit le silence
Empêchements et démentis
Fuite éperdue et rites inutiles
Hurlements déguisés
Crédibilité esquivée.

 


ÉCLIPSE
Peur du gel neigeux
Des nuits en dérive
Refus subversif de périr
Entre les griffes du temps
Quête irrépressible
De surprises feutrées
Fuir le scepticisme
Et le discréditer.
FEU
Musique injectée du vent
Fermer ses yeux incendiés
Se réveiller fusée de lumière
Brûlé de l’intérieur.

 

 

 

DÉLIRE
Univers inventé et chimères extrêmes
Présumer de suites imprévisibles
Refuser les jeux de l’intellect
Et glisser sur des pentes liquéfiées :
Le futur est devenu suspect.

BRUISSEMENTS
S’enfuir furtivement du vide impénitent
Émerger du silence et des feintes du désir
Frémissement des pierres et fissures implicites
Gémellité ultime, fluide et suspendue
Félinité sereine des pensées illicites
S’éclipser en secret de ce réel enfreint.


INDIFFÉRENCE
Défier les enfermements
Sur l’échiquier du sens
Recueillir des indices
Glisser sur des dérives
Ressentiments uniques
Et méprises freudiennes
Immensité subversive
Des risques inhérents
Et des pièges imbriqués
Du scriptible emmuré.

LIVRES
Ils cernent les fissures
Ils déchirent l’intensité
Ils déclinent les rituels
Ils distillent l’éternité
Ils supplicient le désir
Ils effritent l’existence
Ils éclipsent le silence
Ils effeuillent le ciel
Ils inventent des incendies
Ils cultivent l’indulgence
Ils guérissent les êtres
Cris ultimes finement ciselés.

 

 

 

DUNES
Se mettre en danger
Sans demander la lune
Préférer les dunes de Mars
Aventures fabuleuses
Des astres embrasés
Les yeux en attente
D’un futur éclatant.


TUMULTE
À l’aube de nulle part
Près de la durée décalée
Détacher ses yeux
Embrasés de réel
Au delà du palpable
Rêver de démesure
Et brûler les étapes.

 

 


a

DÉCHÉANCE
Sans amertume et sans regrets
Perplexes et devenus suspects
Ces murmures du passé
Se dressent abruptement
Emmurés dans la perte
En cette durée ravageuse
Charlatans entêtés
Rupture, échec et mat
Déchéance traversée
Turbulence et changement d’ère
La guerre est mal perçue.

DÉMESURE
S’élancer dans l’espace rapace
Sans nuances dans l’alternance
Effleurer le futur dépeuplé
Accumuler les émergences
Se perdre, se reperdre et se chercher
Suspendre les jeux de hasard
Sans repères charpentés
À défaut de Muse.

 


ANNIVERSAIRE
S’inscrire dans des réalités parallèles
Signifier sa présence et s’ancrer dans le temps
Faire chavirer le silence et enchanter le ciel
Célébrer l’indicible d’essences cristallines
Vibrer intensément et planer sans limites
Fertiliser l’absence, magnifier le désir
Réinventer sa vie et faire des rêves immenses.

REVIVRE
Réapprendre à vivre
C’est se départir dans l’ascèse
De l’inintéressant
C’est altérer le passé
Éclaté dans l’anamnèse
C’est revisiter antan
Laver le ciel en miettes
Rire et danser dans le présent
C’est inventer le chemin
Afin de se dépasser
C’est tenter de méditer
De temps en temps
C’est préférer aimer
Aimer infiniment
Même s’il devient envisageable
De se perdre à jamais.


ÉVEIL
Égratigner le réel implicite
Afin d’anesthésier l’espace captif
Escarpements de l’ivresse immatérielle
Ensemençant le silence de braise
Intensifier le désir, vibrer et  gémir,
Magnifier en esprit ce genre de dérive
Et délier enfin le fil de sa vie.

 

 

 

ENVIE
Enlacer la verticalité anémiée
La libérer des échappées marines
Résister aux aspérités déchaînées
Initier des rites indéfinis
Arbitrer les feintes et les dérives
S’évader en vertiges et cris
Infléchir les aléas du hasard.

* Merci à Michel Millerioux pour  les magnifiques photographies  offertes.

N.B. Ces poèmes lipogrammatiques ont   été  récemment publiés sur  mon mur Facebook et ils ont été élaborés à partir de mes contributions personnelles dans les groupes d’écriture  créés et animés par Strofka à savoir Lipoyes, Lipkao, Lipolys, Lipkae . Ils relèvent conséquemment du monovocalisme en E, du  bivocalisme en E-O ou en A-E, du trivocalisme en E-I-U,  en A-E-U,  en A-E-I et ils font partie de mes  explorations oulipiennes.
** Merci également à André Roux pour  avoir effectué la mise en page.

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L’écrit en exil


Que penser de ces livres en recherche de lecteurs et qui meurent en petits cris discrets, de plus en plus négligés en cette ère du numérique ?



Le temps semble s’inverser et  l’heure un peu extrême. Peut-être suffit-il de s’enfermer en silence et d’interpréter le réel ? Vivement que vienne une vérité superflue en guise de truisme ! Puisque le déguisement ultime en est un de sincérité mêlée de feinte, Julien cherche librement en cette dérive des écrits publiés  l’inutile et le superflu. Près de lui, des piles de livres négligés cherchent chez l’éditeur un intérêt perçu qui suscite des disputes, des querelles et des prises de bec.  Cette démesure lui est précieuse.  Il en étire le déclin et réinvente les règles de réussite. S’il  végète en ce lieu imprégné de  silence pleureur, c’est qu’il désire indiquer une présence ennemie en ces lieux surpeuplés.

En effet,  lesquels d’entre ces livres  méritent d’être préférés et même retenus ? Il lui est difficile de les distinguer et de les discriminer. Il préfère l’implicite et le recherche de plein gré, même s’il se permet  de célébrer les divergences qui lui semblent   essentielles. L’effet de rupture est peu désiré. Rêver d’en décrypter les figures   puis de les décrire en clichés singuliers l’intéresse.  S’il ressent cette richesse des lectures plurielles, il  rêve de s’immiscer en elles  plus  serein et de  se libérer de leurs tutelles   infinies. En cette nuit illuminée d’une justesse imprécise, il cherche un lien direct entre le jeu et le bien-être. L’empressement lui dicte des gestes répréhensibles puisque l’erreur résulte de l’entêtement et qu’il refuse mine de rien  de s’humilier inutilement. Quelle belle sphère de jeu que cet inédit qui investit  le présent et  réitère l’intérêt du dicible et du scriptible, même en des sentiers récemment réputés illisibles.

Déserter les chimères

Est-il bien évident de demeurer vigile ? Le lexique s’excite, les termes s’entremêlent et les lettres  se fréquentent de plus belle; elles expérimentent même des vitesses indéfinies. Est-ce l’usure issue d’un temps gris imprégné d’une timide rigueur et d’une pudeur extrême ? En ce début de siècle, il semble régner une culture du mépris, d’irrévérence et de nette indifférence. Qui es-tu, cher lecteur en devenir ? Qui veux-tu  être ? Si  tu n’es plus ici, est-ce  réellement terminé ? Le métier d’éditeur crible Julien d’interdits et de défis inespérés. Identité, diversité, intensité ! En recherche  de sérénité, il  scelle  ses pensées et, en guise de pénitence, il s’inscrit en différé. Rien ici qui lui  permette des licences juteuses. Entreprendre de se justifier est-il irrévérencieux, une  mesure divine, une idée de l’enfer sur terre ?  Il s’immisce discrètement sur le seuil de l’ennui,  dérive et s’enfuit en  des vies qui se cherchent et se peuplent  de lieux d’inexistence. Il lui suffit présentement de distiller  ses réussites  et de  rire un peu, de déverser l’essence de liberté endiguée en des mers textuelles. Des étincelles surgissent, l’écrit se mue en feu et les lettres deviennent liquides.  Les cris stridents qui le musèlent  en même temps le libèrent. Bris et brisures sur le chemin du temps : l’épreuve définitive.

Décrypter le virtuel

Très simplement, il entend  sublimer le dire et puis rester muet.  Ce présent qui résiste si bien est-il  réel en définitive ?  Il  évite de se sentir piégé et  décide de régler différends et litiges.  Guérir ses blessures et les réduire en silence, quel défi !    Une multitude  éperdue en quête d’exemples inutiles  se dissimule en lui. Quelques heures de survie en vue et puis l’été s’esquive. Duel du lire et de l’écrire, du  lire-écrire. Vivement se délivrer, livrer, crier, s’écrier, se retenir, quitter, griffer, décrire, rire, relire, remixer, délirer et s’éclipser. Rien que des gestes  impénitents, des gestes  meurtriers, des gestes singuliers.

Le désir de s’enfuir immerge l’être en dérive.  Il tente de subvertir  ses envies de secrets dispersés, cette vie de secrets disséminés.  Ressurgissent en déficit des ténèbres illuminées, des esquisses tissées, des fissures insufflées. Le ciel semble devenu frileux et suspect. En dépit de l’intertextuel vertigineux issu des hypertextes  expérimentés, les cris périlleux préservent  les gens de l’enfermement et éclipsent cette nécessité d’un  désir jugulé. Une mise en  scène  excessive des crises évitées explique ce qui ne peut être insinué. Qui mieux que lui  peut cuisiner le verbe ? Heureux prétexte un peu cynique. Freiner l’expérience de plein gré, c’est répéter les gestes ressentis, demeurer zen  et s’inspirer de Perec. Si le sujet est disparu, est-ce le temps de se diriger vers un futur imminent et de se priver de l’essentiel ?  Le silence percute  d’un venin pernicieux les rites discrédités.  Puisque le temps n’est qu’un fieffé menteur,  il devient inutile de sérier en kyrielle les clichés perturbés   et indécents qui suscitent l’indifférence, cette ultime détresse des êtres négligés et discriminés.

Bruissements et mystères

Même les fins heureuses redeviennent des débuts. L’énigme persiste : subvertir le verbe, épuiser le lexique, s’éclipser derrière les embûches du sens célèbre directement le nihilisme nietzschéen, ce nihilisme refréné derrière des yeux éteints. Est-ce mieux de défenestrer les préjugés et de rejeter les idées reçues ? Ceci n’est plus une pipe. Le signifié rebelle réitère une présence décuplée et permet de quitter le pique-nique implicite.   En cette nuit d’éclipse de lune, en cette nuit de gelée de pluie prélude d’une tristesse infinie, le ciel pleure et se meurt en prières et en cris.


Les hypertextes dérivés s’inspirent-ils de termes lestes, d’une esthétique de liberté ? Entre les jeux,  le recul est de mise. Les devinettes du devin se devinent bien, dit le Sphinx. Entre les textes et l’esprit interpellé, tisser des liens récurrents entre un temps millésimé et un temps frénétique n’inscrit plus une suite plus  juste.  Certes, il semble utile,   en cette veille  imperceptible, de détecter  et  d’interpréter les signes impudiques de ces curieux spécimens reptiliens.   Entre eux se glisse ténu le futur de l’écriture. Un futur subversif, un futur inventif. Le temps des regrets est venu. Hiberner, hiverner : demeurer présent et prévenir le pire. Que décider ? Le chemin du silence ne semble plus indiqué. Inutile de suivre les règles vétustes d’un  fil invisible qui cible un  plein excessif en chute libre, cet écrin invisible du vide de l’écrit en suspens. Le fil est bien ténu et le récit peu ficelé. En cette mer  inédite,  les textes  se veulent vite résumés  et  refusent une vérité induite, scène curieuse d’un précipice qui  pulvérise des vertiges et gruge l’essentiel.

Plénitude en excès

S’il n’en  peut plus de supplicier le désir, que lui reste-t-il ? Il est  pris en cette île et dérive en esprit puisque vivre n’est plus juste un éden. Même s’il n’y survit qu’une seule minute, le temps d’une seule pensée, il s’y inscrit tête première, s’y exile en esprit, et  se cherche ensuite éperdument. En quête de vertu, les  hurlements dissimulés se muent en silences feutrés, scintillement pernicieux s’il en est.  Le jeu s’intensifie  et l’envie de se perdre en ces enfermements suggère un  exit de l’existence en réserve, cet euphémisme du dire.

Chercher l’erreur

Il est  celui qui est, celui qui ne suit plus que ce qui se dessine et ce qui l’intéresse.  Il existe et se grise en reprise du vu, du lu, du tu et de l’entendu en  ce jeu entremêlé du dire, de l’écrire et du lire. Il effeuille le ciel : Chut ! Chut ! Chut ! Dire le rien, dire le vide, dire le plein. Mixer et remixer. Dire l’écrin, dire l’éteint, l’écrire, le redire, se retenir et rester en vie.  Il persiste et résiste. Il invite le ciel qui fléchit et s’embrume l’esprit en quête d’invisibilité.   Il n’en peut plus d’expérimenter, de tenter de veiller sur cette nuit intérieure inversée des milliers de dunes de scepticisme et de susceptibilité. Si le sens unique est insensé, interpréter le réel  enfreint ne  demeure-t-il qu’un défi ultime ? Rien n’est si peu sûr.

Risquer le futile

Écrire, ne plus écrire :  dilemme éthique,  heuristique et herméneutique. Lire et relire, hélices du désir, délires et délices. S’exiler définitivement et reprendre du service. Freiner cette véhémence qui submerge l’esprit. Être privé de liberté et se sentir reclus en perpétuité. Écrire, c’est simplement trier, crier, rire, redire, cirer. Écrire, c’est tricher, se reprendre et  sceller ses blessures. Seuls les premiers jets durent éternellement. Étreinte inespérée du lire et de l’écrire. Signes limpides et hermétiques, mimésis et diégèse. Limiter l’usufruit du texte, liquéfier le réel, s’émerveiller de peu. Restes de vie, perte de sens. Écrire, n’est-ce que  tisser les fils multipliés et débridés du sens ? N’est-ce que décrire en lettres de feu les enjeux de ce jeu ?  Rien n’est  plus muet et inscrit que l’empreinte des lettres en exil, ces vestiges du dire en ce crépuscule de l’écrit. Être  lucide et persévérer. Ne plus se désister et ressusciter le Phénix de plume. S’infiltrer, surgir, percer et pénétrer ce mur érigé. Émerger du silence et remplir d’un peu de présence l’étendue  entrevue. Être privé de liberté et se sentir reclus en perpétuité. S’extirper seul de cette peine secrète, pénétrer brusquement en un lieu déguisé en terreur, est-ce le plus utile ?

Le vide indéfini

C’est l’heure de quitter l’ensemble de ses certitudes et de se risquer sur les chemins peu  fréquentés d’un futur imminent. L’existence devient-elle plus précieuse si elle risque de s’éteindre ? Ivresse du péril en guise de servitude. Le séisme n’est rien, survivre demeure l’unique défi. Rupture de temps intimidés qui s’effritent et qui ténus s’inquiètent en ce présent ému.

Crucifier les termes inédits,  les éterniser sur un fil perpétuel et risquer d’en épuiser les subtilités textuelles. Prière de réfréner l’impulsivité inventrice. Délivrer les sens pluriels des livres : le but visé ? Le livre existe-t-il distinctement de ses lecteurs et de ses lectrices ? N’est-il qu’un devenir en quête de lecture ? Le livre devient-il inerte s’il n’est plus lu ? Si écrire, c’est s’écrier et crier, est-ce qu’inventer mille délits, c’est se réfugier en pleine lumière en une nuit perpétuelle ? Pelucher des chimères et peupler de dérives les signifiés uniques,  est-ce  incruster le dire, le crucifier  et migrer vers des cimes ?

L’ennui fissuré

Ce film  rebute Julien qui en  minimise les enjeux  et refuse de bifurquer et d’esquisser des gestes jugés imprudents. En effet, il préfère espérer survivre même s’il  fréquente un chemin de duvet et de grêle. Des vestiges du dire émergent des ruines et des débris, une chute de tricheries et de leurres évités. L’industrie semble  négliger l’empressement excessif. Une trêve est-elle prévisible ? Est-ce si pertinent ? Quelle réussite est permise ?  Une expérience limite peut jeter un vif discrédit  et restreindre les revers et les embûches. Le remède et ses effets réduisent-ils les risques inhérents ? Peut-être redéfinir le futur en termes de superstructures ?  Être invisible, c’est s’évincer. Inclure, exclure, hésiter. Se décider  permet enfin de disséquer les événements utiles.  Si médire évite de périr, le sens réinterprété refuse de diminuer et risque de s’enfuir. Lucidité sublimée et méprises excessives, puisqu’en vérifier l’unicité, c’est en pressentir l’inutilité.

Rituels  et pixels

Rien ne sert de quitter si rien ne survient. Un vide extrême imprévu ne résiste guère si l’ennui est un ennemi qui tue. Limiter l’étendue incendiée et tenter d’y insuffler du mystère. Cet enjeu implique des sculptures exquises,  lumineuses et en devenir. Qu’ils écrivent, qu’ils lisent, qu’ils illustrent de textes une vie bien remplie, les gens vérifient bien peu les présences extrêmes, puisque peu d’entre eux y excellent. Le temps file sur le mur de FB et sur le fil de Twitter, et même si Linkedin réunit les membres les plus fervents, l’univers n’est plus le même : il est devenu depuis peu un futur immense en quête d’identité. FIN

N.B. Cette  fiction lipogrammatique en A-O ou encore  trivocalique en E-I-U a été  élaborée à partir de mes  contributions individuelles dans le groupe d’écriture Lipkao.  Au départ, il ne s’agissait que de commentaires réactifs et créatifs indépendants,  issus de l’interactivité induite, et  rattachés à une multitude d’illustrations visuelles, musicales  et textuelles proposées par Strofka sur Facebook depuis l’été 2012 (Voir Un bien étrange lipodrome). Un texte oulipien en a  émergé puisque des idées ont surgi qui n’étaient nullement  prévues au départ. Il s’est agi pour moi d’expérimenter une nouvelle façon d’écrire, étant donné que  les idées  émergent à partir des matériaux langagiers colligés  au lieu de provenir d’idées préalables à traduire en mots. J’affirme qu’il est réellement possible d’écrire de cette  façon,  puisque les expériences d’écriture trivocalique en Twittérature collaborative se sont déjà avérées concluantes (voir IMAGES, APERÇUS, LIGNES DE FUITE ).  En me lançant  ce nouveau défi, j’ai été à même de vérifier à quel point ces contraintes lipogrammatiques libèrent efficacement la pensée. C’est uniquement le fait de recourir  aux fragments échevelés de Lipkao méticuleusement sélectionnés qui, une fois rassemblés, repositionnés, réagencés et retravaillés,  m’ont permis de générer un texte  porteur en  agissant comme des ferments, ainsi que l’intuitionnait Strofka que je remercie  expressément. Voilà donc ci-dessus ma deuxième  fiction  lipogrammatique  L’écrit en exil,  à la suite de ma première nouvelle  littéraire Entente passagère qui relevait pour sa part du  bivocalisme E-A. Je vous invite à en tenter l’expérience, car  écrire de cette façon modifie substantiellement le regard sur la didactique de l’écriture en nécessitant des contournements syntaxiques et lexicaux, de même que le recours justifié à des dictionnaires puisque les empêchements  invitent à dire autrement en sculptant avec les mots le texte en devenir.

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Petits poèmes lipogrammatiques (1)*

 


S’ÉGARER
Entraver l’égarement sacré
Et désarmer l’alarmante avancée
En transperçant le hasard déréglé
Appréhender l’absence parallèle
Désagréger la caravane macabre
Sans détecter les élans empêchés
Enchevêtrer arcanes et secrets




S’ÉVADER
S’évader avec éclat
De ce réel enfanté
Relancer en caravane
L’absence et l’extravagance
Escapade céleste en tandem
Des amants égarés.


TRANSCENDANCE

Anges et archanges
Célestes et terrestres
Avancées de tendresse
Attentes à rattraper
Mantras entrelacés
Présence désarmée.



et
DANSER
L’art de s’absenter
De  ce plan terrestre
Présence rebelle ancrée
Ensemble de dérapages
Dans l’effervescence
Et dans l’évanescence.

DÉMENCE
Verser des larmes de tendresse
Se rappeler la terre sacrée
Entrelacer des mantras célèbres
Chercher à réparer le passé
S’amarrer à ses semblables
S’absenter de la démence avenante
S’enchanter des verbes fragmentés
Avec l’étrangeté amère des êtres rebelles.

et


et

EXCÈS
Dangers des jeux cruels
Enfermements et subterfuges
Fulgurance des excès
Suspendre le regard affûté
Naufrage du temps.


S’ASSUMER

Asphalter ses peurs
Relater ses éclats muets
Écarter ses bras emmurés
Dans le dérapage des heures
Tenter de restaurer le futur affamé
Avatar extrême des départs avérés.




VAMP
Revamper cette fleur
Avec des yeux tendres
Se prétendre sans peur
En allant de l’avant
Trépasser en rêvant
De plages parallèles.


UNS

Passagers de la lune
Créer du vague à l’âme
Causer un branle-bas
Se perdre, se chercher
Allumer la flamme
Dans le regard de l’autre
Et ensemble prendre feu.



ENSEMBLE
En ce théâtre du hasard
Se cacher dans une bulle
En tenue d’apparat
Enlacer la démesure
Vécue secrètement
Effleurer le réel dansant
Durant cette heure brève
Embrasement perpétuel
Des yeux frangés de rêves.

TRISTESSE
Expérience  visuelle intuitive
Fluide et finement ciselée
De l’intensité distillée
Sentiment de démesure
Justesse imprécise
Des déchirures suturées
Et du désir supplicié.



SPHÈRE DE VÉRITÉ
Épreuve ultime et fuite éperdue
Recherche d’équilibre
Présumer d’une suite prévisible
Sublimer le hic et nunc.

et

TREMPLIN
Effeuiller le ciel en rituels périlleux
Sublimer cette entente entrevue
Risquer le vide chimérique
Et désirer l’éterniser.



VERTIGE
Tresser en bleu les vertiges muets
D’un silence strident qui pétrifie le ciel
Demeurer en périphérie du mutisme excessif
Inventivité inexpliquée des pensées dissidentes

MUSIQUE
Lumineuse fresque
Sur l’échiquier du réel
Pistes inédites
Et silences décryptés
Vertiges inexpliqués
Recrudescence des rites
Brésil, terre unique
Univers de musique
Fluidité énergétique.

et



NUDITÉ
Des persiennes bleues
Enferment l’intimité
Négligée
Préservent l’intensité
En détresse
Et tentent de redéfinir
L’identité perdue.

et
PARALLÉLISME

De la verticalité induite
Présage de l’impermanence
Désacralisant l’instant présent
Le militantisme a ses limites.


et


ASPHYXIE
Épingler ses regrets
Pétrifiés dans le ciel
Interpréter les signes
Asphyxiant le réel
Arbitrer le silence
Désastres et échecs
Des rêves délités
L’ivresse en tête.


MÉTIS
Dans les Jardins de Métis
Les livres s’entremêlent
Et inventent des dérives
Entre les diverses plages
Des pages millésimées
Énigmes à délivrer.


et

et
IVRESSE

Inventer le chemin
Interpréter les signes
Décliner ses vertiges
Intensifier ses gestes
Incendier le désir
L’infini perceptible.

et
NÉANT
En cette ère d’hypersensibilité
Intensifier la radicalité
Faire disparaître sexe visage et seins
Anéantir les signes distinctifs
En asphyxiant la déesse étranglée.

et

ÉCRIRE
Écrire, c’est résister à la facilité
Écrire, c’est transgresser les règles établies
Écrire, c’est relancer le débat des éléments dicibles
Écrire, c’est vérifier la matérialité de l’impermanence
Écrire, c’est se mettre en danger
Écrire, c’est s’identifier à Icare et s’embraser
Dans les espaces précaires de la littérarité
Écrire, c’est le Nathanaël de Gide expérimentant
Les élans de l’esprit déchaîné.
et

et
ENTORSE

Osmose des mots honorés
Oser encore et encore
Recomposer le réel morose
Éponger le sol jonché d’ombres
Protéger et border les songes.

*Ces petits poèmes oulipiens ont été rédigés sur mon mur Facebook en réaction créative à des images ou à des textes. Les contraintes  bivocaliques (#bivocAE et #bivocEO) et trivocaliques (#trivocAEU, #trivocEIU, #trivocAEI) retenues proviennent  de Lipkae, Lipolys, Lipkao et Lipoyes (les groupes d’écriture   créés et animés par Strofka).
C’est Michel Millerioux qui a proposé la série de photographies les accompagnant. Qu’il en soit vivement  remercié.
Je remercie également André Roux d’avoir assumé la mise en page.

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Mes listes : racines et émergences


Voici mon premier  poème lipogrammatique en O-U (ou encore trivocalique en A-E-I)  produit  en première partie  à l’aide de ces 11 tweets publiés de manière dispersée sur Twitter  le 11  décembre dernier. J’ai  décidé  de les regrouper,  puis de les publier sur Facebook quelques jours plus tard.   Une question interpellante me fut alors posée en commentaire par Sylvie Charbonneau : « Et dans le présent ? » Voilà pourquoi  j’ai décidé de prolonger cette liste en l’actualisant. En effet, j’avais   été  invitée  dans le cadre d’un projet en Twittérature initié par @cduret @1L1SaintEx @coralinesoulier @meliemeliie à collaborer et à interagir pour  faire de la poésie en direct. Il fallait  écrire au JE + passé composé +  figure de  style. Puisque la pression m’inhibe, j’ai décidé de me fixer une contrainte  additionnelle et d’écrire en A-E-I, soit en Lipkae langue apprise avec @Strofka en ayant  sous mes yeux   mes contributions personnelles colligées  à l’intérieur de ce groupe d’écriture initié d’ailleurs par Strofka (voir Un bien étrange  lipodrome) et cela en réagençant autrement  certains mots et fragments pour  faire jaillir de nouveaux énoncés, dans un contexte où cela devait être fait très rapidement puisqu’il s’agissait de produire en direct des énoncés de moins de 140 caractères sur Twitter en se rendant au mot-clic #instantatweets. Merci encore à @cduret et à ses collègues pour l’invitation stimulante,  de même qu’ à @Strofka pour l’inspiration du recours à ces matériaux textuels   accumulés au cours des mois précédents.

RACINES ET ÉMERGENCES

J’ai embrigadé le sens et ses effervescences dans des départs imaginaires
J’ai enlacé les attentes et fantasmé sans appel en m’ancrant dans les cathédrales et dérives de l’esprit
J’ai invectivé le ciel en bavardages parallèles en regardant l’essence de ma vie se désagréger
J’ai transpercé de vacarme mes rêves hantés d’écarts de transparence
J’ai préféré ensemencer la réalité d’images éphémères et débridées
J’ai escarpé le réel évanescent habité par d’invisibles présences
J’ai résisté à la matérialité de l’impermanence et j’ai appris à me désister
J’ai expérimenté des pertes de repères et néantisé le présent afin d’y insérer des pistes d’enchantement
J’ai mimé le désir et magnifié des gestes entremêlés par l’étreinte des regards.
Et maintenant…
Je vais faire valser mes secrets intimes et me libérer de ce caché grimaçant
Je vais imprimer mes regrets dans l’absence des lettres et me délester  des empressements
Je vais rêver de dissidence extrême sans hésiter à me  marginaliser dans l’impatience rebelle
Je vais m’ inventer des réalités parallèles, même s’il m’ est nécessaire de m’y chercher  en vain
Je vais planer sans limites ni regrets en évitant de faire semblant d’y être
Je vais, de défi en défi, délier  le fil de ma destinée et en éclipser les traces tangibles
Je vais   enfanter l’infini  dans le présent immédiat, même s’il reste implicite
Je vais  incendier  ma chair en esprit et m’immerger dans l’intensité véritable
Je vais magnifier l’existence, réaliser mes rêves et en imaginer d’irréalisables
Je vais tracer dans le sable des signes indéchiffrables et m’exercer à en tirer le sens
Je vais expédier en terre  le temps fragilisé et y créer des étincelles en partance.
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IMAGES, APERÇUS, LIGNES DE FUITE : le trivocalisme en Twittérature collaborative


IMAGES

L’image est à interpréter et génère des idées initialement imprévisibles. La pensée s’affine en périphérie, même si elle ne  dépend pas des pixels. Adam se disait cela en attendant sa bien-aimée. L’attente fait en effet partie des délices liminaires. Ils avaient décidé de se faxer le matin l’image trahissant les sentiments ressentis en se levant. Mais les images matérielles trahissaient les images immatérielles. Ils étaient araignées tissant de rive à rive les liens sensibles des rêves infinis.

Les amants de passage se fichent des clichés. Ils s’enferment sans hésiter dans le dicible éclaté. Ils ne recherchent pas nécessairement la visibilité, mais ne cherchent pas à l’éviter davantage. Ils avaient décidé de revivre en 2.0 le flirt initial et de revamper la garden-partie du paradis, reinette et serpent dans le kit. Ève estime Adam ringard et Adam réplique à ses invectives perfides : Geekette ! Inepte idéaliste ! Va chercher la femme sans vice !, pense Ève dépitée face à ce mec délirant, naïf, irritant. Ève et Adam, éternel revirement vers la case départ. Badinage, dépit, caprices, haine, étreintes, cris; à rien ils n’échappent. Si cet éternel bagage est enfer, est-ce l’Eden ? Bien des billevesées et petites chicanes afin d’en arriver à l’essentiel: dénicher de la mangeaille en ce matin enneigé. Mais la belle ne le laissait ni de marbre ni de glace. La belle l’attisait en résistant à ses gestes empressés. Même s’ils se drapaient dans l’indifférence, les amants vibraient en alternance.

Renaître à travers les champs de maïs et s’épivarder à tire d’aile, c’était envisageable en cette fin d’été. Ils avaient décidé de rester à l’écart de la vie en s’engageant minimalement, de rechercher cet espace de rêve maintenant accessible. Ils étaient là, vraiment ? S’échanger des lettres dans l’espace rend-il la présence réelle sans repère spatial ? Viser à préserver l’enchantement des départs imaginaires et embrigader l’esprit avide de dérives en permanence, est-ce  cela vivre? Vivre en marge, dans les lisières, sans les aléas des matins gris, Adam et Ève, est-ce l’idéal de vie ? Mais Skype  fait des miracles; il amplifie la présence, permet de dépasser le dire,  de réinventer  en parallèle sa vie en avalant de la bande passante à  débit élevé. Être en phase avec le vaste espace, c’est l’atteinte du Nirvãna. Être en face de l’être aimé et se dire davantage en s’écrivant, car des charmants petits billets aimables il n’y en a jamais assez. Le sens des épithètes venait à s’effriter. Le sens de la vie en venait à se disséminer.

APERÇUS

Photo de Sandstein, Licence Creative Commons

D’une humeur massacrante dans le feu de l’été, Clara s’échappe au crépuscule devant les passants médusés. Beauté rebelle, elle cherche avec  ardeur  à retracer le départ de Rufus en ressentant un mal étrange. Ce qu’elle a, nul ne le ressent, nul ne l’a perçu. Être un avec l’autre, deux et un égalent quatre. Elle ne peut refuser de penser à ce que fut Rufus, un amant étrange et fugueur. Les maths de la peur d’être rejetée, larguée, plantée là tel un déchet, un excrément dans la fange ou la lavure s’avèrent ardues. Rufus ne fut pas que Rufus, fut plus que Rufus: un funambule heureux ! Elle n’eut pas peur, nue dans ses bras, que le jeune éphébe se révèle un bellâtre rusé ou un raseur puant. Elle eut peur d’une chute de l’hurluberlu, fugueur funambule, et pleutre rêveur, peut-être même d’une chute dans un rêve, la plus superbe de l’ensemble.

Descente brusque au large de la chute. L’attente, muette. L’urgence sur la peau se répand en traces légères. Rufus, belle lurette.« Quel luxe d’être seule ! », hurle-t-elle, mue par l’humble peur de nuits lugubres, de l’absence. Être nue, n’être pas, que préférer? répètent sans cesse les mêmes enclumes jugulées par le sens. Le parachute est d’argent et le muret est dur. Le bureau des pleurs est fermé. Le barreau des peurs a chuté. La barre haute des humeurs a parlé. Elle brûle sa fureur et ses mats pâles. Ses prunes en fleurs, ses bulles en phare. L’amer est en feu, à la hune le chat est hué. Délétère, la vague efface les larmes, pas les armes. Que crèvent les nuages étalés. Reprendre par le menu le sens brut du texte. Affubler de substance et d’µ cet étalage aveugle, ce ruban funambule entêté sans queue, ces phrases étendues à la queue leu leu. Désespérance extrême. Les départs terrestres maculent le passé et tachent le présent. Quel est ce mal étrange et quels secrets garder ? Être mue et émue dans les franges du temps en dansant dans ta tête.

Clara s’embarrasse de tendresse et en assume les rafales. La présence suspendue de Rufus la ramène  à la  fulgurance des excès, à de la turbulence exacerbée. À l’heure d’être à deux, leur deal est tendu par le vent. Un nuage en vue… Crèvera, crèvera pas sur eux ? Que veulent tant ces amants ? L’attachement perdure malgré les heurts. Elle remet en cause ses valeurs actuelles et les plages du temps s’entremêlent. Des brumeuses pensées parsèment une langueur émergente. Les blues la guettent. Heureusement, le flux des vars renverse la tendance et se lance à l’assaut ! À l’assaut de quel astre, la lune est haut perchée ? Du crépuscule se dresse le spectre de la quête de Clara, cet être charmeur, cet élu tant recherché: Rufus.

LIGNES DE  FUITE

Puisque l’esprit est une réserve de chimères, rien  n’est inscrit définitivement  en cette durée devenue fugitive. En effet, l’univers réprime les rêveries et submerge le réel. L’intensité semble brûler les êtres en recherche de tendresse et il est difficile  de risquer de les perdre. Le temps est venu d’inverser le silence. Et le temps est venu de sublimer le dire.

Freefoto.com

Les cimes se défeuillent. Le ciel se vide de ses nuées. Les individus errent, privés de sentiments. Seul, le verbe est. L’espèce est perdue. Il ne reste que les signes qui impulsent l’indiscipline. Les gens s’effleurent péniblement. Les fils de fer de l’Index limitent leurs esprits. Leur désir se flétrit et crève lentement. En plein tumulte hérissé de cris éperdus, il est venu en ce lieu chercher une vérité. Ni une ni deux il prie. Ni un ni Dieu. Ni pitié ni merci ni servitude. Pierre lève un pieu vers ce ciel prétentieux et querelle l’interdit. Il inscrit ses prières à l’intérieur de cumulus dessinés sur des feuilles de vélin fibreuses et ces petites bulles le sécurisent. Bulles de sueurs, sciure et pleurs.

Ligne de fuite par Omael sur TrekEarth

Demeurer indifférent, feindre une quiétude, juguler les gémissements. Fuir les brûlures du cilice, ciseler l’être spirituel, refuser l’éclectisme et subjuguer le désir. Il existe  des milliers de registres peu fréquentés et  leur intérêt en est le prix. Quel est le sujet ? Quel en est le titre ? s’enquiert-il inquiet. Il se décline en lettres imprécises et hermétiques chez qui veut le pérenniser. Ses lignes de fuite se rient de l’esprit. L’inquiétude est de mise et se justifie pleinement. Même qu’elle permet de remettre des trucs en perspective et éventuellement de s’enquérir: quel est ce désir d’être heureux ? Des meutes de titres interdits et des schèmes enfermés en sursis ! Les révéler et réveiller les Furies ? Mettre l’épistémè en péril ? Tenter d’en déchiffrer l’intrigue. Inutile de répliquer si l’esprit fugitif leur insuffle une vigueur imprévue et multiplie de siècle en siècle les écrits suscités.

Pierre muselle ses pensées libertines; l’échine brisée, empli de  dissentiment, il se signe. Fuir, s’enfuir, quitter cet univers qui le rejette. Il dissimule ses envies d’intensité et d’intimité en vue du  but ultime : distiller les risques inutiles de l’impulsivité, filtrer les délires d’un esprit empreint de liberté et redéfinir l’immensité de ses requêtes implicites. Il enferme les reliques insignes du désir et jure sur l’effigie qu’il fut perpétuellement vertueux. Muni d’un gri-gri, il exécute des figures subtiles si bien qu’il entend le Verbe. « Tu es le berger du culte, le guide du peuple. Chéris ce titre. Vis ce ministère sereinement. Tu es Pierre et, sur cette pierre, j’édifie une église. »

Cimetière de livres -École d'Art La villa Arson

Il veut errer vers le cimetière des livres perdus et débusquer ces titres d’une ère qui n’est plus. Il s’épuise et crucifie le sens du réel innervé. Il se retire en lui-même, quête les esquisses imprécises des textes lus: lettres, virgules, signes se mêlent indistinctement. Les scripts libérés de l’emprise de leurs pères et mères se réinventent pris en gré de séduire plus de lecteurs. Inspiré, Pierre frise l’hérésie : il délie l’écriture, il délivre le virtuel, il devient éclectique, il délire !  Il migre vers Twitter et une merveille d’écriture plurielle. Et une lumière fut: plus de perte de temps. Il frétille de cette écriture. Un sentiment de liberté inventive le submerge. Et les secrets deviennent déprise. Sirènes d’urgence ! Résurgence ! Femme d’Épiméthée régénérée ! Le virus des pires misères terriennes infecte le fil. Le dernier des piliers vient de céder. Pierre est hystérique, limite d’être interné. Il se désiste difficilement et se tue en silence  sur cette mer de désirs.

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Du bivocalisme au trivocalisme en Twittérature collaborative

Avec le soutien de la  communauté twitterienne

L’une des forces de la collaboration facilitée par  les réseaux sociaux (qu’il s’agisse de Twitter ou de Facebook) m’apparaît  être la fusion des imaginaires collectifs et la mise en commun des talents de chacun. Ainsi, je reconnais  que je n’aurais jamais pu rédiger seule certains  textes  inspirés des contraintes de l’OuLiPo tels que Ludovic (alternance voyelle-consonne) et Évasion (sans hampe ni jambage) tant les exigences retenues étaient grandes. Même constat pour le twitteroman sans E Tourbillon dans la  foulée de la Disparition de Perec qui cautionnait à son insu et de  façon posthume  cette  idée réactivée et revisitée en raison de l’interactivité du Web 2.0.

Du monovocalisme au  bivocalisme

Jusqu’à présent, les défis oulipiens proposés ont  permis d’explorer en Twittérature collaborative  le monovocalisme en E (Effervescences) et  en A-I-O-U ainsi que le bivocalisme en A-E, I-E, O-E et U-E (Passages. Ivresse, Osmose, Murmures). De micro fictions narratives en ont découlé selon un mode participatif puisqu’une  vingtaine de twittérateurs   y ont collaboré sur une base spontanée et  volontaire en se rendant sur les #mots-clic sélectionnés de leur choix, mais désormais disparus depuis en raison  de l’impermanence twitterienne. Il m’apparaît opportun d’offrir ce genre d’alternatives apparentes, puisque si le principe exploratoire m’importe, les produits peuvent toutefois varier étant donné que le processus rédactionnel s’avère identique. Le monovocalisme en
E inspiré de Perec (Les Revenentes) m’apparaît encore à ce jour extrêmement poétique et Effervescences demeure l’un de mes textes collaboratifs préférés. Je reconnais  que les autres essais monovocaliques en A-I-O-U ont été plus difficiles à concevoir puisque la faible fréquence de ces  voyelles en français limite considérablement les possibilités d’énonciation. D’ailleurs,  chez les premiers Oulipiens les expériences tentées à cet égard ne sont pas  apparues autrement concluantes. Cependant, lorsqu’il  fut  question de bivocalisme en E-A, E-I, E-O et E-U, une certaine jouissance esthétique est survenue.  La  fluidité des textes en témoigne d’ailleurs éloquemment et l’expérience twittéraire a rempli ses promesses implicites. J’ai d’ailleurs tellement  aimé vivre cette expérience collaborative que j’ai voulu poursuivre l’expérience bivocalique en m’y essayant ensuite toute seule. Il  est certain que l’expérience à plusieurs permet d’instaurer une connivence, accompagnée de surprises, de relances et redirections  fort agréables à vivre dans un esprit ludique. Mais quand j’ai rédigé récemment ma première  nouvelle littéraire  oulipienne hors du cadre limité de Twitter (limite établie de 140 caractères) en préférant cette   fois  recourir à Facebook, je me suis appuyée sur mes propres contributions à un groupe d’écriture, celui de Lipoyes afin qu’un texte personnel en émerge, soit Entente passagère.

L’influence de @Strofka, encore et toujours

Voilà pourquoi je vous propose aujourd’hui trois nouveaux défis apparentés pour clore cette suite vocalique particulière en vous invitant à vivre collaborativement mais  surtout sous forme d’interactions narratives, des expériences en trivocalisme. Elles sont encore une fois  inspirées directement de travaux rédactionnels parallèles dans les groupes d’écriture initiés par  Strofka sur Facebook auxquels  je  collabore depuis juillet dernier avec un immense  bonheur. Alors qu’il s’agit dans ces groupes facebouquiens de commenter ou de réagir abondamment à des propositions visuelles, musicales ou textuelles, selon ses envies puisque les propositions offertes sont infiniment nombreuses et que certaines d’entre elles, selon les moments de participation, s’avèrent plus attirantes que d’autres, elles s’inscrivent dans un  mode  de discontinuité  favorable à l’expression personnelle ou dialogique, ce que je  vous propose aujourd’hui  s’inscrit davantage dans un mode de continuité discursive puisqu’il s’agit encore une fois d’une  histoire en chaîne où chacun doit poursuivre dans l’optique d’une cohérence narrative  en prenant  appui sur les tweets précédents. Je remercie encore une fois @Strofka pour ses initiatives lipogrammatiques dans LIPOLYS (sans I ni O) , dans LIPKAE (sans U ni O) et dans LIPKAO (sans A ni O). Je rappelle que la voyelle O de StrOfka a été supprimée systématiquement et déjà  cette omission du O à elle seule entrouve des horizons syntaxiques et lexicaux fabuleux en raison des  interdictions lexicales et des gymnastiques syntaxiques nécessitées. Le degré de difficulté s’accroît effectivement  si on lui adjoint une seconde voyelle interdite. Vous aurez  compris que le lipogramme est la face cachée et sous-jacente au trivocalisme puisque la centration peut cette fois porter sur les  voyelles à retenir plutôt que sur celles à  oublier.

Des défis collaboratifs à relever en trivocalisme

Vous voulez participer à ces projets axés sur la matérialité du langage afin d’en soupeser la valeur créatrice induite par les impossibilités du dire? Je vous invite à venir me rejoindre sous les mots-clics suivants #trivocAEI, #trivocAEU , #trivocEIU   à votre gré, selon  vos préférences et aussi  souvent  que vous le voulez. Il suffit d’intervenir une seule fois de façon  appropriée (en respectant scrupuleusement les contraintes linguistiques établies, c’est-à-dire les lettres retenues) pour  faire partie du collectif d’auteurs. Il  vous est possible de participer plusieurs fois  dans plus d’un texte, puisque cette diversité  est porteuse de préférences qui  ne manqueront pas de surgir.

Je me suis permis depuis quelques temps de publier en direct sur  le blogue Éclectico les textes en élaboration en y ajoutant, au fur et à mesure, les contributions de chacun amalgamées en un seul texte  collectif. De cette façon, au lieu de lire de bas en haut sur le fil de Twitter à l’endroit de  collecte des Tweets, il  est  avantageux pour les  personnes désireuses d’y collaborer de se référer parallèlement à l’avancement du texte produit. Pour diverses raisons, je restreins l’expérience à quelques jours d’affilée même si je reconnais qu’elle pourrait se poursuivre. Rien ne  vous empêche par ailleurs de la reproduire dans  vos milieux de vie auprès de vos élèves et de l’utiliser  vous-même à des fins d’écriture personnelle.

Pour  intervenir dans les récits en cours, il vous suffit donc d’inscrire à la fin de chacune de vos contributions le mot-clic approprié parmi ceux que vous trouverez ci-après. Étant donné que je  ne  pourrai pas accepter d’énoncés  non conformes, je vous saurais gré de vérifier deux  fois plutôt qu’une  si votre tweet comporte uniquement les voyelles sélectionnées.  En  effet, je reconnais qu’il est   difficile de  cibler les intrus, tant cette façon  d’écrire s’avère peu coutumière. Par ailleurs, je vous invite à consulter au besoin un dictionnaire de synonymes en ligne afin de pouvoir puiser allègrement dans les synonymes proposés des mots  correspondant  aux contraintes retenues lorsque  vous pensez à un mot qui ne peut être utilisé.

Voici  donc les titres que je  vous propose, de même que  des phrases inductrices qui permettent au départ de s’appuyer sur des matériaux langagiers  en vous incitant à construire  vos propres images mentales. Il s’agit maintenant d’inscrire vos tweets en continuité. Encore  une fois, ce sera un parcours heuristique, puisque l’on en ignore à l’avance les résultats.

(Sans O ni U) #trivocAEI : IMAGES L’image est à interpréter et génère des idées initialement imprévisibles. La pensée s’affine en périphérie, même si elle ne  dépend pas des pixels. Adam se disait cela en attendant sa bien-aimée.

(Sans O ni I) #trivocAEU : APERÇUS D’une humeur massacrante dans le feu de l’été, Clara s’échappe au crépuscule devant les passants médusés. Beauté rebelle, elle cherche avec  ardeur  à retracer le départ de Rufus en ressentant un mal étrange.

(Sans O ni A) #trivocEIU :   LIGNES  DE FUITE Puisque l’esprit est une réserve de chimères, rien  n’est inscrit définitivement  en cette durée devenue fugitive. En effet, l’univers réprime les rêveries et submerge le réel. L’intensité semble brûler les êtres en recherche de tendresse et il est difficile  de risquer de les perdre. Le temps est venu d’inverser le silence.

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Ferments de récits et béquilles textuelles*

Le 16 octobre dernier, lors du premier Festival international de Twittérature tenu  dans la ville de Québec, et plus précisément au cours de la troisième table ronde qui rassemblait plusieurs twittérateurs, Jean-Yves Fréchette a causé tout un  émoi en avouant se  servir à l’occasion  de dictionnaires pour le Scrabble (pas nécessairement celui-ci cependant) lorsqu’il lui manquait un mot  de tant de lettres pour parvenir au 140 caractères du tweet parfait pile poil. Je reconnais dans  cet aveu l’âme d’un  grand pédagogue puisqu’il a osé révéler avec générosité l’un de ses petits secrets d’écriture. Depuis longtemps les écrivains ont recours à des stratégies qu’habituellement ils ne partagent pas. On doit à l’OuLiPo d’avoir rendu davantage transparent l’usage des contraintes stimulant la création littéraire. À l’ère des nouvelles technologies et de la présence incontournable des réseaux sociaux, l’exploration est loin d’être terminée,  d’autant plus  qu’avec le Web 2.0  il est  devenu possible  d’écrire en direct avec des personnes géographiquement éloignées. En témoigne d’ailleurs l’émergence récente de la Twittérature dont l’histoire et les visées, de même que ses diverses pratiques, ont été admirablement recensées par Lirina Bloom dans  son inspirant  billet La Twittérature est-elle une littérature ? rédigé dans le cadre de ce tout premier  festival.

Comment font certains écrivains ?

Les stratégies rédactionnelles des écrivains professionnels me fascinent depuis longtemps. Le premier livre qui m’a sensibilisée à cette réalité a été le livre d’entrevues Comment travaillent les  écrivains ? de Jean-Louis de Rambures. Je  garde aussi en mémoire le célèbre Comment j’ai écrit certains de mes livres de Raymond Roussel. Je n’oublierai jamais cet exercice stylistique qui consistait à rédiger un  texte commençant par « La peau verdâtre de la prune un peu mûre… » et qui devait se terminer par « … la peau verdâtre de la  brune un peu mûre ». Passage du P au B. Une seule  lettre de différence entre prune et brune… et un univers bascule. Cette rhétorique de l’invention a été décrite par Christelle Reggiani dans un texte  éclairant. Par ailleurs, dans la revue Québec français, Monique Noël-Gaudreault a repris avec ferveur la formule rousselienne dans sa rubrique « Comment-nom de l’écrivain-a écrit certains de ses livres » en révélant au grand jour, durant de nombreuses années, les sources d’inspiration de romanciers pour la jeunesse au cours d’entrevues éclairantes et inspirantes en les libérant des secrets qu’ils consentaient à partager.    Vous vous souvenez peut-être aussi de la Grammaire de l’imagination de Gianni Rodari ? Les merveilleuses propositions rassemblées en ces pages ont déjà réussi  à générer une multitude de textes littéraires chez les écoliers petits et grands ayant été invités  à jouer avec la syntaxe et le lexique dans une perspective créative.  Si la littérarité des textes  demeure un défi passionnant à relever en classe de français, encore devient-il nécessaire d’outiller adéquatement les élèves.

Quand les idées proviennent des interactions et des matériaux langagiers

Ce qui m’intéresse particulièrement, ce n’est plus tant la spécificité des écritures individuelles et de leurs émergences aussi talentueuses soient-elles, mais la manière dont l’écrit se façonne au cours des interactions à plusieurs rendues possibles par les réseaux  sociaux et facilitées sur la Toile. Lors de mes expériences en Twittérature collaborative,  en plus de celles  que je vis encore dans les quatre groupes d’écriture (Lipoyes, Lipolys, Lipkae, Lipkao) lancés par Strofka sur Facebook, j’ai constaté à quel  point le recours au dictionnaire de synonymes s’est avéré (et s’avère toujours)  un outil indispensable. Parallèlement, j’ai  souvent éprouvé la nécessité de me monter des banques de mots, de consulter les dictionnaires usuels en ligne ou encore d’explorer des listes figurant sur la Toile (ex. listes d’adjectifs, de mots accentués, de villes, de pays, d’animaux, de plantes, de films, de chansons, d’auteurs). Ces listes se déclinent à l’infini et elles favorisent des recherches lexicales en fonction des besoins  ciblés.  De manière complémentaire, la consultation de Wikipédia  à des  fins de cueillette de données référentielles et de mots ne comportant que des voyelles spécifiques dans  des contextes thématiques particuliers (voir les  exemples ci-après) m’a propulsée vers des horizons insoupçonnés. Cette dernière stratégie s’est  avérée féconde puisqu’elle a pu me fournir des informations exactes au plan du contenu. Elle est également  aisément transposable en salle de classe.

Quelques  exemples éloquents

1) LISTES DE MOTS : Voici un double tautogramme en D-M initié par Strofka et
moi-même dans les 3Word Story** au printemps 2012 et rédigé en collaboration avec d’autres participants à raison de 3 mots à la fois, en différé et en alternance sur cette capricieuse application de Facebook. Pour y collaborer, j’ai eu recours, lorsque je n’avais pas d’idées, à des listes de mots provenant notamment de l’abécédaire de l’Internaute , ces listes alphabétiques  telles que celles des mots en  D ainsi que des mots en  M pour le texte Dis-moi donné en exemple ci-après. Ces listes m’ont été bien utiles, même si je reconnais que les choix effectués résultent de  mes préférences individuelles.  Je me permets de  rappeler que la sensibilité esthétique se développe au contact de l’appréciation des oeuvres littéraires de qualité et que cet objectif fait partie des programmes de Français, au Québec et ailleurs. Voici donc le tautogramme en D-M  coproduit:

DIS-MOI

Dis-moi des mots  doux, des mots de miel, des mots divins, de délicats mensonges, de dionysiaques diatribes, de dithyrambiques  distiques, de malicieux discours, des murmures duveteux, de drôles de désirs, de minimalistes dérobades. Dis-moi des mots dingues, des mots ding-dong,  des mots différents, de délicates déblatérations dodues. Dis-moi des méli-mélo mystérieux, mime-moi maints duos, de douces mélopées, démange-moi de mots, démasque-moi dangereusement,  dis-moi des mets ductiles. Délivre-moi des débats mous,  des discussions démantibulées, des désordonnés dactyles. Dis-moi des mots millésimés,  des myriades de mots, des monosyllabes mollement modulées, de méphistophéliques mignardises. Domine-moi de doutes,  dilue mes misérables mythes de la danse macabre du dire. Dis-moi des mots de maître, des mots diaphanes, des mots diamants, des mots de disette, des mots majestueux, de minimalistes murmures. Désigne-moi des messes basses,  de mythomanes mandibules, de malencontreuses mésententes, des mots défunts, des mots désuets, de drôles de menuets. Donne-moi du  miamore, du miam-miam, des mimiques minaudantes. Mime-moi moult miniatures, maints mouvements machistes, magnétise-moi de mots malins. Mystifie-moi, désengage-moi,  dérobe-moi, délivre-moi doucement. Malaxe mes mots dans de mirifiques mares. Magie du dire, mots moelleux,  miel de mots, mie de miettes. Dis-moi, dis-moi, dis-moi…
À partir  d’une liste de mots comportant uniquement des accents circonflexes, voici un autre  texte issu des 3WS et corédigé,  à coups de   trois mots, à partir de la  proposition de Strofka Méop.  Vous pourrez constater que de nombreux mots figurant  sur cette liste s’y trouvent:

Si le bâtiment…

Si le bâtiment sur la crête loin du brûlot apparaît plutôt moyenâgeux, l’entrepôt adjacent, lui, près du châtaignier, semble être envoûté par un hôte diplômé du futur. Un hôte fâché avec la fraîche enjôleuse sans âge. À la hâte, le châtelain fantôme idolâtrait quelques grisâtres icônes sans intérêt. Maîtresse de château, pâtissière de surcroît, la femme de goût mûrissante jeûnait pour mieux rêver. Sans trêve, sûrement, elle goûtait les brèves flâneries en rabâchant des âneries fanées jamais pareilles au maître de la redondance. Renaître sans être fait roi, et avec grâce, braver son opiniâtre statut. Réapparaître sans hâte à la fenêtre puis se soûler la tête, le corps, et l’âme.

2)PAGES DE WIKIPÉDIA: Afin de tenir compte des contraintes oulipiennes rattachées aux  groupes d’écriture de Strofka sur Facebook, (Voir Un bien étrange lipodrome), il m’est arrivé maintes fois de recourir  à des pages de Wikipédia, cette généreuse encyclopédie en ligne. En effet, lorsque les déclencheurs thématiques provenaient d’illustrations, il m’a été souvent possible d’articuler des fragments lipogrammatiques en prélevant des mots adéquats dans certaines pages de Wikipédia. J’ai ainsi  constaté qu’il était possible   de faire jaillir des idées ou  d’effectuer des assemblages d’informations. À prime abord,  cela peut sembler aisé mais ce ne l’est pas, bien que ce soit aidant.  En effet, c’est la syntaxe qui devient problématique  quand  la question du lexique est réglée. Des contorsions s’avèrent nécessaires parfois pour assurer la grammaticalité des énoncés rédigés.   Belle occasion de jouer  avec les types et les  formes de phrases. En voici quelques  exemples extraits uniquement de mes contributions personnelles:

2.1- Dans Lipoyes (avec les voyelles A et E seulement)

THÉSÉE : La légende de Thésée rappelle celle d’Héraclès. Enfanté par Égée et Aethra de Trézène, à sept ans avec sa célèbre hache Thésée massacra la méga bête étrange hantant la place. À Delphes, sa mère révéla à cet être désarmé le secret de sa genèse. Des années passèrent. Après s’être emparé de l’épée et des sandales sacrées cachées près de la mer, avec des stratagèmes, Thésée acheva des bêtes effrayantes et menaçantes en se rendant vers l’éden de l’Est. Certes, de tels exemples révèlent ses antécédents.
DINOSAURE : Belle bête, avant l’ère de glace, émergeant de ce passé décalé. Espérer recréer cet être égaré en replaçant ensemble ses restes espacés. Pendant le Crétacé, cette espèce de très grands vertébrés a exagéré sa présence. La Terre, en cette ère datée, a créé après le magma des espaces permanents et des clades apparentés. Cet être édenté et écervelé reste présent dans les annales. Amalgamer les temps et les êtres dedans, reste demandant.

2.2-Dans Lipolys (avec les  voyelles  A-E-U mais sans O ni I)

LE RADEAU DE LA MÉDUSE : Cette peinture remet en cause les valeurs actuelles. Avant de mettre le cap sur Dakar, la célèbre frégate est empalée au large du Sénégal en 1816. Sur le radeau, pas une carte, pas une ancre, seulement des naufragés désespérés. La mer entame une rumba effrayante. Quelques passagers se rassemblent au centre du radeau. Les autres, happés par les eaux tumultueuses, se blessent et trépassent. L’Argus les sauve sans les chercher. Sur les 152 naufragés, seuls 15 furent rescapés, en plus des 17 demeurés sur l’épave. La guerre dégrade les gens guettés par la désespérance.

2.3-Dans Lipkae (avec les voyelles A-E-I mais sans O ni U)

NEFERTITI: Célèbre princesse et reine-déesse infiniment belle, née en -1370, retirée à Thèbes, très réservée envers les ennemis de l’Égypte.
BATMAN : Caché dans la ville fictive américaine de G.tham City, le chevalier-leader tente de la débarrasser, à travers les années, des vilains criminels et de ses ennemis excessifs. Après des années passées à se préparer, ce Batman déterminé a décidé de reprendre en mains la ville enlisée dans le crime. En ces temps de tremblements excessifs, les principes définitifs dévastent les esprits exacerbés par la présence de ce mal délétère.
LEILA BEKTI: Cette algérienne née à Sidi bel Abbès s’est engagée de film en film à défendre ses idées par militantisme. Elle a été Yasmine avec Vincent Cassel, Zarka dans « Paris je t’aime », a participé à des web-séries (partenariat Arte et MySpace) et à des miniséries (celle de Malik Chibane ) narrant la saga familiale de l’arrivée des premiers immigrés algériens en France. Dans Harkis, la famille décrite est semblable à la sienne dans la réalité. Le grand écran l’a bien servie en 2009 avec Géraldine Nakache. Quatre ans après Harkis, elle reprend avec Alain Tasma (téléfilm) et entame des films étant à l’affiche présentement (parmi lesquels « Itinéraire bis »). En 2011, elle participe à ‘Mains armées » et le César féminin est décerné à Lila incarnée par elle. En 2012, membre de ce célèbre festival de Cannes (film « (Ce) certain regard »), elle  se mérite ce prix et rend grâce avec ses amis.

2.4- Dans Lipkao (avec les  voyelles E-I-Umais sans A ni O)

DELPHES : Delphes est  le site d’un temple réputé investi d’un but religieux et qui représente l’unité grecque.  Les pilliers hellénistiques dressés, ceux des Messéniens, de même qu’un sphinx,   se révèlent des lieux précieux dûment fréquentés . C’est si difficile de se chercher et de se définir sur cette terre.  Respecter l’écrit qui figure sur le temple de Delphes (en grec Γνῶθι σεαυτόν) représente un réel défi puisqu’il est peu évident de déceler sincèrement les types d’individus. Un  prélude de Debussy lui est dédié.

3) DICTIONNAIRE  SPÉCIALISÉ : Toujours   grâce à l’initiative de  Strofka Méop avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer dans les 3WS,  le recours systématique et alphabétique au dictionnaire en ligne de Charles SABATIER Petit dictionnaire des mots rares et anciens de la langue française a donné une production assez particulière.  La nécessité d’y recourir à la  fois pour écrire et  pour lire, et cela  afin de tisser  et construire du sens à partir de  mots aujourd’hui disparus mais réactivés pour le simple plaisir d’expérimenter, a constitué un grand moment  d’euphorie. Le texte  qui suit en témoigne.

RARES ET ANCIENS

Les accordailles avaient eu lieu dans une basilique ancienne accotée à l’adret. Les agapes pouvaient alors apparoir. Un ardélion fardé avait déjà convaincu Abélard de son bon droit, usant des arguties et des apories propres à son auvoire. Une aubade de circonstance avait attiré un bagotier haletant sur le bardit du barde. C’est ainsi que ce bélitre dévia de sa prétendue barcarolle pour billebarrer ses pas de deux sans bisbille. Battant la chamade, sans chicoter, il prit le parti du clabaudeur clampin. Concomitamment, les commensaux commencèrent à ne plus vouloir conniver et s’abstenir de voir. Croquembouches et darioles furent généreusement distribués alors que la fête battait son délusoire déduit. Héloïse, de son côté, détorquait sans répit son désamour en elle, si bien qu’elle se dragonna et ne put, afin de duire, s’ébaudir davantage. Quand pour faire plaisir aux écornifleurs, les convives se mirent à embelliner les hôtes, plus rien n’arriva : aucun épithalame, aucune ode en latin, aucune épigramme. À mesure que fratrasies et fariboles suivaient leur cours, galimatias et gabatines déclinaient de concert. La glossolalie empira tant et si vite qu’il ne fallut pas s’en goberger plus que de raison. Suivant un godelureau greluchon, l’assemblée prit d’assaut, en haussebecquant, hâbleries d’usage, le buffet sous le houssoir. À la fin, le houka rassembla l’humeur joyeuse des historieurs et icoglans. On se serait, dans l’immuration, attendu à ce que l’histrion hogne, mais il n’impugna que dalle, le gars impavide et infracteur.   Jabotant et jacassant, juxtaposant les truismes, le jobelin-joletrin décida séance tenante de lancer un jargon novateur et abscons : karmatique du kantref. Louvoyant vers le larigot, il lantiponna de plus belle en lourant souvent. Pour en revenir à nos louftons, à  ce fameux banquet, les maisniers malévoles prirent la parole comme des maroufles, alors que sur le marchepied margottaient nos pelures.

4) DICTIONNAIRE DE SYNONYMES : Le dictionnaire Reverso est actuellement mon
préféré même s’il y en a d’autres sur le net. Lorsque des incapacités de dire surviennent en raison des contraintes, il suffit de feuilleter les pages  des synonymes proposés. À cet égard, mon  expérience personnelle remonte au printemps 2011, alors que j’ai lancé sur Twitter un premier défi collaboratif oulipien, à savoir un roman sans E,  inspiré directement de la  contrainte retenue par Georges Perec dans La Disparition. Ainsi est né Tourbillon ***, ce micro roman produit  en twittérature collaborative et comportant six chapitres corédigés par une vingtaine de twittérateurs en seulement six semaines. Dans ce roman, comme il était impossible de recourir au terme  bébé en raison des deux E, on a  retenu bambin et poupon. Ce ne pouvait être une fillE, donc ce fut un garçon. Enfin bref, tous les mots choisis en raison de l’absence d’une voyelle difficilement contournable, le furent par le recours à la synonymie ainsi qu’à des prouesses syntaxiques  pour  se passer notamment du   »Et » ou du « quE ». Depuis ce moment, d’autres textes explorant  de nouvelles  contraintes oulipiennes ont vu le jour grâce à la collaboration des twittérateurs intéressés à relever ce genre de défis. (Voir la rubrique des Écrits collectifs de ce blogue). Si l’on souhaite travailler la  synonymie en classe, il suffit  de proposer ce genre de défis lipogrammatiques en les sélectionnant soigneusement puisque  certains sont très difficiles à relever. Il suffit de devoir se passer d’une simple  lettre pour devoir se centrer  sur la matérialité du langage, sur les signifiants des mots.

Pistes de travail

Rédiger des textes brefs à l’heure des réseaux sociaux invite à explorer l’écriture collaborative (Voir à ce propos Web 2.0, nanolittérature et OuLiPo: un trio gagnant en classe de français). En effet, les contraintes oulipiennes peuvent être agréables à travailler en  petits groupes puisque les échanges seront  forcément porteurs. En utilisant les outils en ligne, il est prévisible que  la littérarité des textes produits  s’accroisse   de même  que leur indice de poéticité.  Le mythe de l’inspiration qui perdure encore est ainsi déjoué  au profit d’une démocratisation d’une écriture plus littéraire.  Des  récits factuels ou fictionnels  insoupçonnés  se mettront  à émerger au fur et à mesure que des idées surgiront en s’appuyant sur de  véritables matériaux langagiers.  Dans cet  esprit, Paul Valéry affirmait ceci :  « Il y a bien plus de chances pour qu’une rime procure une « idée » (littéraire) que pour trouver la rime à partir de l’idée », une assertion porteuse pour la poésie, certes, mais également pour la narrativité. (Oeuvres complètes, tome 2, La Pléiade, p. 582)

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* Pour le titre, j’ai emprunté ces deux expressions à @Strofka, car elles  font véritablement image et s’avèrent complémentaires. Je lui en sais  gré.

** Pour des  informations additionnelles concernant les 3WS  malheureusement devenues indisponibles, voir le billet suivant  rédigé  quelques mois plus tôt, soit au tout début de ces jeux textuels : Incursions littéraires facebouquiennes…en 3 mots !
*** Pour un retour significatif  sur cette  expérience rédactionnelle,  voir Retour sur le  du twitteroman sans E (Atelier donné à l’AQPF en 2011)
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Entente passagère

En hommage à Strofka  *

Septembre est déjà là, embrasant le réel dans la salle des fêtes. Ancrée dans Balzac, Anne s’est  lancée  dans  La femme de trente ans, se représentant nettement cette femme semblable à elle à tellement d’égards. Elle s’arrête à cette page embarrassante en encerclant de brefs passages. Tant d’années, tant de retards la gênent présentement.

Les termes de l’entente avec Gaëlle la dérangent. Dans ce face à face avec elle-même,  elle se balance dans la nacelle de ce rêve prégnant. En ne ressemblant pas à sa mère, elle pense franchement échapper à ce  passé planté en elle, ne sachant pas  se défendre sans ses charmes. Le testament a enflammé   la sphère  des secrets  en  ne respectant  pas les termes  réglés à l’avance.  Va-t-elle se lamenter, stagner dans le mal-être, zébrer l’espace et le temps en ne parvenant pas à reprendre sa place ? Elle éclate en larmes. Ne pas désespérer et chercher davantage. Elle  espère retracer ses récentes escapades. Même sans  les cerner, elle y pense et  se les rappelle sans arrêt.

Derechef, elle change de plan. Ne va-t-elle pas  s’élancer prestement vers la plage ? Va-t-elle arpenter cet espace tempéré en caressant le  sable  blanchâtre ?  Elle cherche la recette écartant les pensées errantes,  tente  de se rasséréner et de se calmer. S’empressant d’éjecter les demandes exagérées, elle relève les excès passés, repasse et répare dans sa tête des  scènes afférentes  avant de lâcher désemparée ce lest à déplacer. Certes, les éléments semblent apparentés et l’acharnement réel. Elle reste tentée par les sables d’antan lavés par la mer, sans regretter cet ancrage espéré. Elle se perd dans les méandres effacés par l’ensablement de ses pensées et l’effet délavé amalgame cet être  éthéré à des éléments ternes et banals. Lasse de ce Karma échevelé repartant en  cavale, elle repense à Hansel et Gretel et espère s’arrêter à temps. Tenter le temps. Tenter Satan. Elle déteste de tels désagréments  et s’enrage envers cette  avalanche de pensées  macabres.

Sera-t-elle capable de demander à  Gaëlle de l’emmener avec elle  après ce présage fatal ? Elle espère malgré elle ce regard tendre, ce regard de fée, ce geste d’attachement traversant le temps. En général,  les êtres de cette trempe paressent  et enferment les pensées dérangeantes dans des remèdes palpables. Elle reste zen. L’effet ne tarde pas.

Une œuvre de Cécile Prunet

Sans cesse, les amantes emmêlent, démêlent et entremêlent des mésententes extrêmes. Elles se détachent, se perdent et se désengagent, avant de se réengager et de se relancer dans le présent. Cependant, elles cessent de temps en temps de désagréger la tendresse. Les gens rebelles   détestent  changer et exècrent  ce genre de  mascarade. Ces pâles reflets des papesses  d’antan s’enlacent en refrénant les gestes espérés et les regards absents. Elles semblent avares de ce temps en allé, de ce temps excédé, et pensent à  s’évader dans la chambre en se gavant d’essences délétères. Elle s’enferment éméchées dans l’enfance enchantée, s’’égarent en secret dans l’enfance transgressée. Elles se perdent dans ce passé présent exacerbé par des fragments de rêves et les messages captés. Perec semble très présent avec ses  Espèces d’espaces à engranger. Elles créent expressément des  événements éternels.

Tentant de se passer avec grâce de sa déesse,  Anne se  demande : Est-ce réellement elle, là, dans  ces  sphères exaltées  de l’âme ? Est-ce valable de  prélever secrètement de la transcendance dans des gestes éclatants ? En essayant d’enserrer l’espace et  le temps, les arcs se resserrent et les avantages engrangés se perdent lentement.  L’absence enferme l’espérance évadée. Se sachant éternelles en ce passage terrestre décapant, Anne et Gaëlle espèrent s’en rappeler. Elles changent généralement d’adresses  et s’empêchent de  s’en aller dévastées.   Elles effacent sans arrêt les traces espacées et en redemandent à ce karma pervers. Embarrassées de tendresse vengeresse, elles se caressent lentement et se jettent damnées dans l’espace-temps des fractales,  semblables en cela  à ces âmes en détresse et gavées de néant testant  la dépendance à ce réel tenace.

En ressassant des ébats enflammés, Anne, en dame galante, préfère nettement  encenser le temps. Enlacée avec Gaëlle, elle s’égare en elle dans des gestes réels. Pendant cette trève banale, elles restent là serpentant en tandem, s’égarant dans l’espace, s’enfermant sans fenêtres, s’évadant dans l’extase. Elles se prennent,  s’entrelacent et se reperdent sans s’arrêter. Présence de serments et  de secrets  carapacés. Bravades, rasades et  fantasmes en fanfare.

En échevelant cette légende et en l’ensemençant, Anne   demande à  Gaëlle  de reprendre cet ascendant dérangeant.   Elle se défend désespérément dans sa tête, car  sa présence ambrée affecte  le mental  désaltéré par des rêves effervescents. Espérer retarder l’échéance en s’empêchant d’être. Se mettre la tête dans le sable lézarde le langage et le  verbe est rare en attendant. Est-ce dans le passé ? N’est-ce pas dans le présent ?  Dans  ce rêve dérangeant, des gens rassemblés là semblent attendre la sentence rattachée à l’événement latent. Les regards hagards et atterrés  des gens  la  transpercent et la détachent d’elle-même. Elle menace les manants de s’en rappeler.

Perplexe,  elle regrette l’entente paraphée et elle se réfère,  âprement rechargée, à la présence absente des âmes dépravées. Avant même de s’alléger  mentalement, elle  s’élance en pensée à travers les fenêtres étanches en perdant les pédales. Sans gêne, elle se met en danger, sanglée dans ce ballet effarant. Ses bras, sa tête, ses jambes et ses hanches enfermés d’emblée dans l’espace mental agencé en strates, l’alertent. En parallèle, c’est sa traversée, sa démarche en cavale dans ce désert hébergeant  ce  passage paramétré échappé des fantasmes.

L’été  passé dans le Sahara l’a altérée. L’effet  terre maternelle l’a arrachée à ce spectacle ressemblant à Babel, car elle escalade le langage avec entêtement. Amplement transparente à elle-même, elle s’étrangle dans le parc des apparences, et se perd dans ses dédales. Elle a changé. Changer et rechanger en restant le même être, espérer relever cette bravade. Elle écarte les  menaces permanentes et revend par exprès des éclats de réel. Elle  persévère à  rechercher des aspects  d’elle  gardés secrets. Le passé n’est pas  réparable. Le présent  respecte ses engagements. L’effet est raté et elle a  gagné par hasard en  se cassant  le nez. En gagnante, Anne  se berce  dans cette cachette extrême ensemençant ses rêves. Cachettes et secrets, se cacher en secret. Y régénérer l’espèce pas mal dégénérée. Regretter les ténèbres et l’éternel été. Passer de ce néant à l’élan éclatant. Passer de ce bref élan à l’effarement. Blême, blanche et rebelle, elle ressent les retards  des fées  et danse en les attendant. L’entregent  fardé, le tact étrange, la maladresse valsante,  la présence  chancelante,  la méchanceté affable,   ces extrêmes la rendent attachante et avenante.  Zélée, elle se malmène  davantage en espérant  abattre ses cartes.

Arracher des pans de passé, repêcher la chance,  rattraper ses écarts, les remettre  en berne et les lancer dans le vent, c’est l’exégèse de l’éternel dans ces amas percés de rêves. Elle regrette ses  égarements dans les passages et aléas, ces hasards-événements avant de déceler l’amer dans ses lèvres scellées. En effet, Anne tend à rassembler les termes fastes et néfastes, car elle se déteste davantage en état de partance. Elle entasse vers la berge les effets rescapés de ce passé banal et, en  exagérant, elle  entreprend de se détacher de ce présent verbal. S’attacher à ce départ en marasme la rendra-t-elle malade ? Elle renverse le chapelet d’espaces en émergence dans le lac encerclé de calme plat.

S’élevant en planant, elle ramène dans sa tête l’espace  céleste et s’empresse de s’y perdre en le payant chèrement. Les apparences  restent aberrantes. Elle ramène à la hâte des plans d’escapade en scandant des vers. Les balades enchantent  les âmes légères. Partager des ratages permet d’effacer de stables entêtements et l’amène  à décanter les regrets, à extrader les maladresses, à célébrer l’éternel été.

Prendre le rêve dans ses bras et l’ensemencer de parcelles d’échelles,  émerger dans l’entre-temps, descendre et dévaler les pentes escarpées, c’est se  détacher de l’écart recherché et le cacher dans l’ensemble étalé. C’est prétexter l’effet réverbère  et le chercher ardemment dans les ténèbres renversées. Halte tranchante avant de se déclarer blessée par cet être étrange et désarmé, par cette amante  blasée. L’absence est la présence extrême.  En ces temps de véhémence, est-ce blâmable de s’acharner à redresser les escarpements en place ? Le paysage a changé et elle s’enchante de l’absence de dégâts apparents dans ce marasme passager.

Les hêtres et les chênes se prélassent dans l’ensablement sans âge et ne semblent pas dérangés par la présence de réels dangers. Les anges des ténèbres encerclent  les rares passants. Le cadavre de Gaëlle  hante la grève.  Anne se remet en tremblant de ce départ extrême. Elle est  blâmée et  admet sans appel cet acte regrettable. Même avec retard, les charges menées rendent patentes les brèches mentales et les brefs accès de perte de repères. Récemment, cet état  avéré de  démence (très rare  à cet âge) semble s’être accéléré. Les regrets ne rachètent pas les traces  de détresse, ce drame enfermant éternellement  ses gestes  désespérés  et la vengeance exercée.

Cette Ève s’en est allée vers le lac des fées. Elle a lancé ses vêtements de dentelles dans le bac près des érables et des frênes. Elle a préféré reprendre sa chaste veste grège, sa cape de taffetas et remettre ses sandales de rêve. Va-t-elle sagement se délester de ses effets ? Ne va-t-elle pas encenser les elfes et les farfadets ? Pendant  ses vacances éternelles, elle percera de graves secrets et  tressera le présent de dérapages sagement acceptés.

Dans les champs et dans la vallée, les trèfles s’apparentent à des fragments lettrés. Septembre est déjà là, embrasant le réel dans la salle des rêves, écartant les échecs et les pertes à travers des larmes de sang.

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* N.B. Cette  fiction bivocalique a été  élaborée à partir de fragments prélevés uniquement dans mes propres contributions, soigneusement recensées,  à Lipoyes au cours des quatre derniers mois. Il s’agissait à prime abord de commentaires indépendants, provenant de l’interactivité induite, et  rattachés à une multitude d’illustrations visuelles et textuelles proposées par Strofka sur Facebook dans  ses groupes d’écriture (Voir Un bien étrange lipodrome). Une nouvelle littéraire oulipienne en a  émergé, car des  idées ont surgi qui n’étaient nullement  prévues au départ. Il s’agit d’une autre façon d’écrire, puisque les idées proviennent des matériaux langagiers plutôt que l’inverse. Cette expérience constitue la preuve qu’il est possible d’écrire individuellement de cette  façon,  étant donné que les expériences d’écriture bivocalique en Twittérature collaborative se sont déjà avérées concluantes (voir Passages, Ivresse, Osmose, Murmures). J’ai pu, en me lançant  ce défi singulier, vérifier à quel point les  contraintes linguistiques oulipiennes  libèrent la pensée, et constater que les fragments échevelés de Lipoyes, une fois rassemblés et méticuleusement sélectionnés, peuvent être retravaillés et  générer des textes porteurs en  agissant comme des ferments, ainsi que l’intuitionnait Strofka que je remercie vivement. Il s’agit ici de ma première  fiction individuelle oulipienne, mais ce ne sera certainement pas ma dernière, tant j’ai trouvé l’expérience agréable et stimulante, même si elle était fort exigeante.
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Quelques réflexions sur le bivocalisme apprivoisé

Les quatre fictions bivocaliques élaborées en Twittérature collaborative, à savoir  Passages, Ivresse, Osmose et Murmures sont   déjà publiées dans la rubrique des Écrits collectifs de ce blogue. L’invitation lancée le mois dernier, à savoir Le bivocalisme  vous intéresse ? , a été bien accueillie par la communauté twitterienne tout comme les défis oulipiens précédents. Cette idée provient directement des travaux de Strofka *  qui a  fondé le groupe Lipoyes sur Facebook (lipogramme en I-O-U ou bivocalisme en A-E), groupe dans lequel  je participe d’ailleurs activement. Quatre défis d’écriture collaborative ont été ainsi proposés simultanément sur Twitter (#bivocEA, #bivocEI, #bivocEO, #bivoc EU) , puisque les choix offerts correspondaient en fait aux variantes possibles d’un même jeu d’écriture.  On pourra facilement constater que cette notion d’alternative illusoire, mise de l’avant par l’École de Palo Alto,  a permis de sortir du mode binaire (participer ou non) en autorisant des choix ancrés sur la similitude et les intérêts individuels. La participation ventilée semble  indiquer que chacun  des collaborateurs semble y avoir trouvé son compte,  puisque très peu de personnes ont retenu les quatre options.

L’amalgame des fragments

Les  personnes ayant  collaboré à ces écrits collectifs à saveur interactive ont encore une fois fait la preuve qu’il est possible de tisser du texte à partir de contraintes linguistiques très strictes (contraintes oulipiennes dures), même s’il faut également pour cela  assumer les risques inhérents à  ce genre de cocréation. En effet, puisque chaque personne possède son histoire en tête et que sur Twitter il est impossible de se concerter, les textes évoluent de manière heuristique selon le bon vouloir des participants qui doivent implicitement effectuer des concessions  et entrouvrir de nouvelles options, toujours en prenant appui sur les contributions préalables et en cherchant à établir une certaine continuité dans les enchaînements en tenant compte des tweets des autres twittérateurs.

La théorie des Incipit

Les phrases inductrices ne sont  jamais innocentes puisqu’elles entrouvrent des univers spécifiques et évitent que les productions se ressemblent toutes thématiquement parlant. Elles induisent également un niveau d’écriture en permettant d’inférer des exigences lexicales et syntaxiques. C’est Louis Aragon en 1969 dans son livre « Je n’ai jamais appris à écrire ou les  Incipit » qui a attiré l’attention collective sur le fait qu’un  livre entier peut découler de sa première phrase, un peu  comme si l’on déroulait ensuite une pelote de laine virtuelle. Collectionner des premières phrases, puis  en  considérer leur portée, contribue à mettre en lumière cette évidence partagée par de nombreux écrivains. C’est le propre de l’écriture littéraire que d’induire de telles possibilités esthétiques.

Au-delà de la simple histoire racontée

Je me permets de rappeler que, selon Roman Jakobson, à l’intérieur du schéma de la communication il existe  six fonctions dont l’une centrée sur les mots pour le dire, cette fonction poétique dominante dans les écrits à saveur littéraire. Dès lors, la question omniprésente  dans l’esprit des corédacteurs pourrait s’énoncer comme suit : Comment dire autrement quand on ne peut  utiliser  tel ou tel mot, ni recourir aux procédés syntaxiques habituels ? Par exemple, des listes de mots adéquats ont dû  être constituées par chacun, de même que le repérage de mots ne contenant que les voyelles autorisées, et ce dans une diversité d’écrits (romans, journaux, poèmes, etc.). Le recours  aux dictionnaires de synonymes, notamment celui en ligne  Reverso,  m’a rendu personnellement bien service pour les  substitutions désirées. Écrire n’a donc plus rien  à voir avec l’inspiration dans un contexte comme celui-ci. Il s’agit  plutôt de  sélectionner les mots qui nous conviennent   et répondant  au bivocalisme retenu. La diversité de phrases inductrices a ouvert des champs sémantiques et des horizons thématiques diversifiés, de telle sorte que les histoires ne se ressemblent pas même si elles ont  été générées  à partir de contraintes du même ordre.

L’histoire est-elle vraiment importante ?

On peut se poser cette question de l’importance de la trame narrative lorsque l’accent est mis sur la matérialité du langage. Il est donc possible de répondre de façon polarisée Oui et non, même si la réponse peut se trouver plus nuancée. Certes, il importe de veiller à  la cohérence interne de ces histoires en chaîne et,  voilà pourquoi  le respect des méta-règles de cohérence textuelle énoncées par Michel Charolles demeure fondamental. Il s’agit en résumé de : 1) la répétition/continuité ; 2)  la progression/organisation ; 3) la non-contradiction; 4) la relation entre énoncés et contexte. Ces  règles incontournables  se trouvent dûment expliquées  par  Clémence Préfontaine dans un article destiné au milieu scolaire.

Nature de mes interventions

Selon mon habitude, je suis peu intervenue durant l’élaboration des fictions et ce que j’ai fait se résume à ceci: 1) Rédiger les premiers gazouillis pour lancer les projets et susciter des  horizons d’attente thématiques; 2) Insérer de nouveaux tweets pour réactiver les textes en devenir lorsque l’immobilité ou une confusion relative s’installait; 3) Conclure, s’il y avait lieu, chacune des microfictions à la fin du temps imparti. En guise d’exemple, j’ai dû supprimer dans  Ivresse le  nom du personnage masculin Éric que je voyais en couple avec Émilie. En raison sans  doute du film Tintin mentionné, un enfant est apparu dès le début   du récit. Ayant  été prénommé Émile par l’un des collaborateurs. ce prénom visuellement proche de celui de sa mère a induit un couple mère-enfant  fusionnel (Émile-Émilie).  Après avoir été tentée de changer le prénom maternel en celui d’Élyse —  ce que j’ai d’ailleurs fait durant un très court moment —  je me suis ravisée quelques  heures plus tard. J’en ai alors profité pour supprimer l’enivrement par le vin   et préféré maintenir l’ivresse des idées. J’ai aimé effectuer  ce genre d’ajustements, car  lorsque la cohésion textuelle  est en train de s’installer,  je suis d’avis que la souplesse est requise.

Quand le texte a commencé à s’allonger, j’ai décidé de le   fragmenter en paragraphes afin d’en accroître la lisibilité. À cet égard, je reconnais que d’autres choix auraient  pu être faits. Habituellement, on décide de changer de paragraphe lorsque l’on aborde une nouvelle idée, alors qu’ici ce fut fait  après coup. « Qui ne dit mot consent », et les participants semblent avoir entériné ce découpage qui pouvait s’avérer facilitant pour les aider à s’y retrouver.

Si j’ai  dû contacter en privé  quelques   personnes,  ce fut  pour leur demander une reformulation en raison de la présence d’une lettre interdite. Par exemple la nécessité du remplacement du « qUe »,  le U passant inaperçu   comme voyelle, alors qu’il ne pouvait convenir  que dans Murmures en raison du bivocalisme en U-E.  J’ai  pu  constater que les rectifications demandées concernaient  uniquement le non respect de la contrainte choisie. Par ailleurs leurs prouesses incessantes, de même que la nature de leurs propos me ravissent encore. Des trouvailles culturelles ont été faites et j’ai pu conséquemment accroître mon répertoire référentiel.

Je tiens  à remercier  les 21  twittérateurs — mentionnés ci-après selon l’ordre alphabétique de leurs  pseudos —  qui m’ont si bien accompagnée  dans cette passionnante aventure  scripturale.  Il s’agit de: @Alcanter @arnaudesimon @cdure @cjmds301 @C_licare @coralinesoulier @czottele @FelixeBlizar @fonsbandusiae @georgesgermain @ivoix @jeanm4t @jmlebaut @lacmonique @lizieres @LucBentz  @meliemeliie @nathcouz @Strofka @Sylvain_Pierre @WinCriCri. C’est la première fois, et je  m’empresse de le souligner, que  parmi eux  se décèle la participation effective de deux  groupes d’étudiants,  guidés d’une part par Jean-Michel Le Baut (en France) et , d’autre part,  par Nathalie Couzon (au Québec).

De nouveaux défis oulipiens vous seront  proposés  au cours des prochaines  semaines et je souhaite ardemment  vous y  retrouver.

* Voir  le billet Un bien étrange lipodrome
**ARAGON, Louis (1969). Je n’ai jamais appris à écrire ou les  Incipit, Paris, Flammarion, « Champs », 148 p. ISBN 978-2805000098
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